Torture-test de basses avec Victor Wooten

Voici un nouveau test de basses avec le « Bass Tribute » de Victor Wooten. De nos morceaux de référence, c’est l’un des plus virils pour éprouver votre casque (ou vos enceintes) car dans ce bijou de funk jouissive, à la captation et au mixage irréprochables, il n’y a pas une mais des basses électriques, royalement servies par un jeu de batterie groovy. Un programme exténuant pour vos drivers. 

Victor Wooten est à classer dans la catégorie « mythique » chez les bassistes. Il apparaît sur des albums de Chick Corea, Prince, Branford Marsalis et Keb’ Mo. En 2011, les lecteurs du magazine Rolling Stone l’ont consacré l’un des dix meilleurs bassistes de tous les temps aux côtés de John Paul Jones (Led Zep), Paul McCartney (Beatles), John Entwistle (The Who), Flea (Red Hot Chili Peppers) et Jaco Pastorius (Weather Report). Okeyyyy...

Jaco Pastorius justement, auquel Victor Wooten est régulièrement comparé car ces deux générations d’instrumentistes jouent la basse électrique comme d'un instrument véritablement mélodique plutôt que d’accompagnement. Pour Jaco, c’est avec une affinité élective pour le jazz. Pour Victo, c’est la funk.

Le morceau Bass Tribute est publié en 2005 sur l’album « Soul Circus ». Il tricote une funk enjouée et scénique qui puise son inspiration chez les JB’s, Prince et Earth Wind & Fire. On est en terrain connu. On se régale de ses syncopes menées tambours battants, de son abondance de bridges et de ses nappes de synthé comme on en fait plus. Bass Tribute vous donnent envie de quitter votre chaise pour vous déhancher frénétiquement. Ce titre pourrait tout aussi bien s'appeler "Booty Tribute".

Comme son nom l’indique, Bass Tribute rend hommage aux grands noms de la guitare basse. C’est une composition chantée - on y entend Bootsy Collins et Christian McBride pousser la voix, où sont cités Stanley Clarke, Larry Graham, Marcus Miller, Willie Weeks, James Jamerson et bien d’autres. Ce qui rend ce morceau singulier et vertigineux, c’est que le jeu de basse incroyable de Victor Wooten est ponctué par ceux, si typiques et personnels, des grands bassistes qui y sont célébrés. Autrement dit, dans un seul morceau déferle une foultitude de jeux, de timbres et de touchers empruntés aux meilleurs, qui sont un régal pour apprécier les aptitudes d’un casque dans des fréquences si promptes à la distorsion, et à bien différencier les composantes de ce feu d’artifices basseux.

Et puis il y a la batterie. Petite digression : dans son récit « Monk », Laurent De Wilde nous offre un passage savoureux sur le couple contrebassiste / batteur. Ces deux-là, les sourcils toujours froncés, forment un couple taiseux, besogneux, tout concentrés à leurs tâches car ils portent la lourde responsabilité de tenir le tempo. Ils partagent aussi le labeur de traîner des kilos d’instruments à leur suite. Ils sont faits l’un pour l’autre. Bass Tribute est une ode à la basse et aussi, une révérence faite à sa comparse, la batterie. Les kicks de grosse caisse appuient le rythme et la profondeur de la basse de Victor « Vix » Wooten avec des impacts mats, secs. Les casques de haut niveau sauront restituer ces accents percussifs. C’est d’ailleurs à cela qu’on les reconnaît.

Site officiel de Victor Wooten
Téléchargement de « Soul Circus » sur Qobuz
Achat de « Monk » au format Folio

PS : On en veut un peu à Victor Wooten de ne pas avoir cité Verdine White, le bassiste co-fondateur d’Earth Wind & Fire. Alors, on colle ici une image de ce tonitruant bassiste que l'on adore, en compagnie de Larry Graham et Marcus Miller. Na ! Et comme Victor Wooten nous gratifie d’une merveilleuse interprétation de « Can’t Hide Love » dans son « Soul Circus », on lui pardonne. Un peu.