Sorties casque XLR4 et 6.35 : Le Match !

La connectique symétrique XLR4 fleurit dans l’amplification pour casques, affublée de performances supérieures à la sortie jack 6.35 qui, elle, est en asymétrique. On aime bien le terme "symétrique" en audio : cela fait pro et les équipements high end en sont de parfaits ambassadeurs. La XLR4 va-t-elle sonner le glas de ce bon vieux Jacques ? Pas sûr.

Il est fréquent d’entendre ou de lire des témoignages concluant sur la supériorité de la sortie casque XLR4. Elle prodiguerait plus de clarté, de détails, de séparation et d’ouverture de la scène sonore. De même, de nombreux audiophiles se présentent chez Headonist en ne jurant que par elle. Mais alors, pourquoi des fabricants comme AmpandSound ou Linear Tube Audio (en amplification à tubes) Pass Labs, RME et les tout-récents Sparkos Labs ou Lejonklou (en amplification à transistors) s’obstinent à proposer uniquement une sortie casque 6.35 ? Pour se mettre à l’abri de la curiosité des audiophiles ? Cela ne tient pas.

Amplificateur casque Sparkos Labs Aries

Sur le papier, la connectique XLR4 est indiscutablement supérieure au 6.35. Ses petites broches lui confèrent des surfaces de contact / de résistance réduites alors que la surface d’un seul tenant d’une grosse fiche jack est plus résistive. De plus, le mode de transport symétrique de la XLR4 favorise la neutralisation des distorsions : 2 broches convoient, chacune, un signal audio identique mais à la polarisation inversée, qui vont se charger en bruits indésirables lors de leur transport (ça, c’est normal). Heureusement, du fait de leur polarisation "symétrique", ces bruits s’annulent quand ils sont à nouveau réunis à l’entrée d’un récepteur, en l’occurence un driver de casque. 

Il y a également l'argument de la masse qui joue en faveur des XLR4 : chaque canal bénéfice d'une mise à la terre distincte. Et cerise sur le gâteau, voltage et courant de sortie peuvent être plus élevés avec une XLR4. Il n’est donc pas étonnant que cette connectique XLR4 ait été adoptée en premier lieu par les studios audio pro, jonchés de grandes longueurs de câbles cernées de montagnes de matériels qui rayonnent à tout bout de champs. L’immunité supposée des transports symétriques devaient forcément passer un jour sur le radar des audiophiles obsédés par la quête de puissance et la chasse aux distorsions.


Dans le domaine domestique, la première application d’une sortie casque symétrique remonte à 1999 avec le sublime amplificateur HeadRoom Blockhead (un réel double-mono, lui). Notez qu’à l’époque, sa sortie casque symétrique était assurée non pas par une connectique XLR4 mais par deux prises XLR3 que l’on trouve rarement mais encore sur des amplificateurs pour casques comme les Bryston BHA-1 ou le XI Audio Formula S. La XLR4 est aujourd’hui la norme et proposée sur une liste interminable d’amplificateurs venant des quatre coins du monde et à tous les prix. La messe est dite ? 

Bien sûr que non, car nous ne sommes pas du genre à regarder le doigt quand le sage nous montre la lune. Et nous savons regarder derrière l’arbre qui cache la forêt (Bon, on arrête là les formules toutes-faites). Derrière une connectique, il y a un circuit d’amplification dont la conception peut favoriser l’utilisation d’un jack 6.35 et nuancer l’impératif d’une XLR4.

Grossièrement, il y a deux grands schémas d’amplification : l’amplification en mode Single-End et l’amplification en mode Push-Pull (ou différentiel) abusivement nommée « symétrique ». En mode Single-End, le signal audio est traité dans son entièreté par le circuit d’amplification. En mode Push-Pull, deux circuits d’amplification se chargent de convoyer le signal dans sa polarisation originale et dans sa polarisation inversée. Cela vous rappelle le mode de transport symétrique du XLR4. Sauf qu’en matière d’amplification, un schéma « réellement » symétrique l’est de bout en bout, de l’alimentation à l’amplification (schéma dual-mono) ce que sont très rarement les amplificateurs qui se prétendent « symétriques » car presque tout doit y être doublé. Or, dans les amplificateurs Push-Pull (faussement dénommés « symétriques ») la distorsion est doublée par la seule présence d’un double circuit d’amplification. Le facteur d’amortissement est quant à lui divisé par 2. Bad news. Ce que l’on gagne en puissance de sortie peut être perdu en contrôle et en silence de fonctionnement.

Résultats des courses : Les XLR4 flanquées en sorties des amplificateurs Push-Pull ne manqueront pas d’embarquer les distorsions générées en amont selon le bon vieux principe du « Shit In, Shit Out » quand bien même leur mode de transport est symétrique. Contre toute attente et présupposé, il est donc possible qu’un amplificateur fonctionnant en mode Single-End et sortant en 6.35 soit plus transparent et silencieux qu’un autre, fonctionnant en mode différentiel et sortant en XLR4.

Tout cela nous rappelle une chose. Comme toujours, en audiophilie, tout est question d’implantation, de combinaison et de montage des composants. Rien n’est jamais joué à l’avance tant que l’on a pas jaugé soi-même une installation à l’oreille, au-delà des mesures et de la théorie. Les concepteurs vont faire un choix de connectique comme pour les autres composants en amont, selon l’esthétique sonore qu’ils souhaitent. Chez Benchmark, on propose le HPA-4 avec des sorties XLR4 et 6.35 (cette dernière est incroyablement puissante) tout en préconisant plutôt la première car elle est dans la philosophie de transparence qui fait le sel de la marque. Chez Lejonklou, le créateur du Giella a essayé les deux types de sorties et c’est la 6.35 (aux fesses d’un circuit dual-mono) qui fut retenue car elle convoie le mieux les timbres organiques recherchés. Der des der, le Sparkos Labs qui sort uniquement en 6.35, atteint des performances du même niveau que le Benchmark HPA-4 sortant en XLR4 (voir le banc d’essai de SoundNews).

C’est un fait. La sortie XLR4 présente des atouts indéniables dans l’amplification pour casques mais elle est éminemment tributaire du schéma et de la qualité d’amplification qui la précèdent, et faire de cette connectique une vérité absolue risque de vous faire passer à côté d’amplificateurs en 6.35 d’une trempe merveilleuse.

Un conseil : Si votre câble de casque est en terminaison XLR4, vous pouvez profiter d’une sortie 6.35 grâce à un adapteur XLR4 vers 6.35. L’inverse n’est pas recommandé. L’utilisation d’un adapteur 6.35 vers un XLR4 pour profiter d’une sortie XLR4 pourrait créer une boucle de masse et endommager votre amplificateur.