LEJONKLOU

GIELLA PI

2.350 €

Amplificateur casque à transistors et préamplificateur ligne analogiques.

Fabriqué à la commande en Suède. Délai de livraison 2-3 semaines.

Zach Mehrbach

Comme son nom ne l’indique pas, Lejonklou est une marque suédoise. Fredrik Lejonklou crée et fabrique lui-même chaque pièce de son catalogue depuis une quinzaine d’années maintenant. Ce jeune homme nous rappelle sur bien des points la philosophie de travail d’un Nelson Pass (période First Watt) : des montages à transistors uniquement, une connaissance encyclopédique des composants électroniques, une sélection sans compromis de ces composants, des mesures rigoureuses mais surtout un restitution des électroniques à l’oreille et enfin, « less is better » sous le capot. La marque Lejonklou est surtout connue et reconnue dans le milieu audiophile catégorie « connoisseurs » pour des préamplificateurs formidables qui viennent chasser sur les terres des plus grandes références mondiales. Ce qui est amusant dans la genèse du modèle Giella est qu’il fut élaboré par un aficionados du vinyle qui n'était pas fan l’écoute au casque, et s'est mis en quête de concevoir l'amplificateur qui pourrait le réconcilier avec le genre. Faute avouée à moitié pardonnée. Et totalement rattrapée car nous sommes littéralement tombés amoureux de ce petit joyau d’amplificateur.

Le Giella Pi (Pi pour Power Infusion) est un amplificateur casque mais aussi, un préamplificateur ligne, tout analogique. Vous pourrez donc l'intercaler dans une installation pour l’écoute aux enceintes, entre une source et des unités de puissance. Sa conception repose sur un schéma double-mono qui n’utilise que des composants de premier ordre, européens et américains. Sa sortie casque est en 6.35 (single-end) et située en face arrière. Cette configuration n’est pas le fruit du hasard ou d’un égarement. Elle répond à la recherche du plus court chemin entre la sortie du circuit d’amplification et l’entrée de la connectique casque. Le câble d’alimentation est scellé à l’alimentation. Ici encore, Fredrik Lejonklou a sélectionné le câble secteur apportant le plus de satisfaction à l’oreille, ce qui évite un connecteur pollueur et, à vous, des dépenses inutiles. Le potentiomètre est surprenant, d’un tout petit diamètre mais il est terriblement chic et serti d’un zircon pour vous repérer dans le réglage de gain. Sa course offre une certaine résistance, ce que nous aimons beaucoup pour effectuer un réglage précis et progressif. Son encombrement est réduit mais ne vous y trompez pas, ce petit amplificateur a l’étoffe d’un grand.
  • Classe d’opération : AB
  • Type de circuit : Double mono
  • Bande passante : 2Hz - 2,1MHz
  • Impédance de sortie : proche de zéro
  • Tension de sortie : 6.5Vrms (pic +/- 9V)
  • Puissances de sortie : 850mW à 32 ohms, 420mW à 100 ohms, 140mW à 300 ohms, 70mW à 600 ohms
  • Sortie casque : Jack 6.35
  • Dimensions : 103mm x 58mm x 220mm
  • Poids : 930 g
Le Giella Pi est de taille mini. On aura vite fait de le ranger dans la catégorie des amplificateurs de bureau comme ils en existent des dizaines. Ce serait se méprendre sur son compte tant ses qualités nous rappellent celles des meilleurs amplificateurs du marché. Nous pesons nos mots. Ses qualités, le Giella Pi nous les révèlent avec un sens tout à fait malicieux de la contradiction. Alors que le petit Lejonklou opère en classe AB, la richesse harmonique de ses timbres nous rappellent plutôt l’exécution d’un amplificateur à tubes de pure classe A, à tout le moins, un schéma hybride. Sur les sonates pour violoncelle RV40 de Vivaldi interprétées par Jean-Guilhem Queyras, les timbres des bas et hauts médium sont restitués avec une densité et une complexité formidables, hypnotiques même, tant on est happé par la richesse de la restitution. Le Giella Pi est aussi un amplificateur à la bande passante incroyablement étendue et cela, pas seulement pour épater la galerie. Il explore le tréfonds des basses pour nous les amener avec une épaisseur réjouissante et d’une irréprochable netteté. Sur le titre « Datskat » des Roots, les impacts de grosses caisses jumelés à la basse électrique sont communiqués avec beaucoup d’énergie et de tension. Ça cogne sec et on adore cette restitution des fondations sans aucuns laisser-allers. Les aigus s’épanouissent quant à eux très haut avec naturel. Nos casques électrodynamiques prenaient des allures d’électro-statiques par certains moments. Nous avons pu écouter les concertos pour mandoline RV356 de Vivaldi (encore lui) interprété par Avi Avital, à un niveau sonore indécent sans ressentir la moindre crispation. Enfin, la scène sonore. C’est un autre point remarquable du Giella Pi, peut-être même le plus bluffant d’entre tous. Sa construction de l’espace sonore repose sur un étagement stable, aéré et précis des interprètes. Tout le monde tient sa place, personne ne vient empiéter sur le territoire de l’autre quels que soient le volume ou la dynamique d’un morceau. La musique s’épanouit juste au-delà des écouteurs, pas de manière ultra extensive mais la sensation d’ampleur est nette et surtout, très plausible. Tout ce qui se passe dans le sens de la profondeur est quant à lui magique. On perçoit des plans d’interprétation différenciés dans cet horizon-là comme on l’entend rarement, à tel point que « A Letter to Tracy » de Keb’Mo nous a laissé bouche bée. Ce morceau est remarquablement enregistré. Son relief serait révélé par n’importe quel amplificateur même un peu maladroit. Mais avec le Giella Pi, c’est autre chose. Il construit un espace d’une véracité saisissante dont seuls nous gratifient des amplificateurs bien plus chers. Fermons la marche avec un phénomène que nous avons identifié sur une grande partie de nos morceaux. Le Giella Pi révèle comme peu d’amplificateurs le lieu de son enregistrement. Nous ne saurions pas l’expliquer avec certitude mais il semble que l’incroyable amplitude et précision de la scène sonore ainsi que les petites réverbérations soulignées par un équilibre très légèrement descendant, révèlent un espace aux proportions qui évoluent au gré de nos morceaux de référence, tantôt comme dans un concert live en studio, tantôt comme dans une église aux vastes dimensions. C’est stupéfiant sur des morceaux de classiques ou de jazz captés dans les règles de l’art. Alors, ce merveilleux amplificateur serait-il exempt de défauts ? On devine ce que vous allez reprocher à son unique prise casque 6.35 placée en face arrière. Retenez néanmoins que le Lejonklou fait 22 cm de profondeur et 6 cm de hauteur. Votre câble se faufilera aisément sans faire de gros sacrifice de longueur. Si votre connectique casque est en XLR4, un adaptateur réglera le point de façon radicale. Vous grognerez aussi face à son absence de télécommande et son potentiomètre inhabituellement mince (nous, on aime beaucoup ce potentiomètre ouvragé par la mère de Fredrik). Les spécifications de puissance de sortie à 300 et 600 Ohms vous paraissent un peu justes ? N'oubliez pas que l'impédance de sortie est proche de 0 et que la tension de sortie est elle bigrement élevée sur cette connectique 6.35. Aussi, nous avons fait tourner tous nos casques - y compris les plus exigeants, sans le moindre problème avec de très forts volumes. Nous avons même joué fort un Susvara à fond de « potard » sans un poil de distorsions. Le Giella Pi est certes de taille mini mais c’est un grand parmi les grands. Il est plein comme un oeuf de composants triés sur le volet, plein du talent de son concepteur, plein d’un coeur vaillant et séducteur qui le rendent unique en son genre. Voyez comme la rédaction de cet avis dépasse les limites du raisonnable. Rien n’est assez grand pour ce petit Lejonklou.

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